Au retour à la terre de mes couleurs,
Lançant mon salut dès le seuil,
Mère, je frappe à ta demeure,
Impatient de ton accueil.
Je pousse la porte qui grince :
Dans ton fauteuil, penchée un peu,
Silhouette fragile et mince
Tu sommeilles au coin du feu.
Déjà, je regrette le geste
Qui brusquement vient de briser
La sérénité d'une sieste,
Et te le dis dans un baiser.
Je scrute en secret ton visage
Dont la pâleur m'émeut parfois,
Redoutant d'y lire un présage,
Quelque indice d'un mal sournois.
Mais ton sourire me rassure ;
Ton sourire est comme un soleil
Qui cautérise les blessures
De mon coeur toujours en éveil.
Tes cheveux blancs, neigeuse mousse,
Font comme un nimbe de clarté
Autour de ta figure douce,
Et je suis tout réconforté.
Tout réconforté de t'entendre,
Croisant tes doigts rhumatisants,
Evoquer un souvenir tendre
Vieux de plus de quatre-vingts ans..
Tout réconforté, oh ma mère,
De voir comme tu me défends
Quand lâchement je t'énumère
Mes tracas d'éternel enfant.
Car lorsque je frappe à ta porte,
Vois-tu, c'est pour quêter toujours,
Et chaque fois, mère ,j'emporte
Un mot tout chaud de ton amour !...
jpierre
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